Talal Abu Ghazaleh, Président TAG-Global et Fondation La Verticale AME : « Nous allons créer une université numérique universelle pour l’EuroMed et l’Afrique ! »

Tandis que l’année 2020 s’avérait dévastatrice pour l’économie, le Groupe TAG, entièrement géré par Internet, a prospéré comme jamais. Son secret? Avoir adopté la révolution de la connaissance, être devenue une entreprise du savoir. Une vision que le Dr Talal Abu Ghazaleh veut promouvoir entre l’EuroMed et l’Afrique, avec sa Fondation La Verticale AME.

Entretien exclusif à Paris, par IN Benzoura pour AfricaPresse.Paris

TAG.Global, entreprise internationale fournissant des services professionnels ayant plus de cent bureaux à travers le monde est présent dans presque tous les pays. 
Son Président fondateur, Dr Talal Abu-Ghazaleh, est un expert international ayant dirigé plusieurs organes des Nations-Unies relatifs aux nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) et à l’urbanisation durable.
Titulaire d’une multitude de distinctions, de prix et récompenses reçus à travers le monde pour son leadership et sa clairvoyance, Talal Abu-Ghazaleh est aussi le co-fondateur et Président de la Fondation La Verticale AME (Afrique-Méditerranée-Europe). 
Dans cet entretien exclusif, il nous livre sa vision pour l’avenir d’une vaste région EuroMed-Afrique.

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AfricaPresse.Paris (APP) – Comment votre groupe TAG.Global a-t-il réagi face à la pandémie et comment celle-ci a-t-elle affecté la région du Moyen-Orient?

Talal Abu Ghazaleh – Au-delà de tous les dommages et misères qu’elle a causés, je retiens néanmoins un aspect positif de cette crise sanitaire. La Covid-19 a éveillé le monde à la nécessité d’un changement profond dans l’éducation. L’éducation est à mon avis, le sujet le plus important au monde. L’éducation à la bonne gouvernance, pour l’économie, pour la production, pour tout.

Pour ma part, j’ai depuis longtemps mis en œuvre cette vision dans mon entreprise, étant persuadé que nous devions changer notre mode de travail. TAG. Global a été créée comme une entreprise du savoir qui par exemple utilise la technologie dans toutes ses activités. Ainsi, nous gérons entièrement nos activités via Internet, et donc la pandémie ne nous a pas affectée. L’ensemble de notre personnel peut travailler peu importe où il se trouve, que ce soit en déplacement ou depuis leur domicile.

De ce fait, nos affaires ont prospéré au lieu de décliner, et cette année 2020 aura été la meilleure de notre histoire! Depuis le début de la crise et jusqu’à aujourd’hui, nous sommes la seule entreprise de toute la région à ne pas avoir licencié de salariés et à ne pas avoir réduit les salaires. Au contraire, nous avons donné des augmentations à nos employés, ce qui a surpris tout le monde. Comment expliquer que nous réussissions si bien, alors que dans le même temps toutes les autres entreprises souffraient de la crise?

La raison de leur souffrance est simple : c’est leur persistance à travailler de manière traditionnelle, alors que le monde d’aujourd’hui est entré dans une révolution de la connaissance, qui est tout aussi radicale que le furent en leur temps la révolution agricole, puis la révolution industrielle. Cette révolution de la connaissance ne doit plus être ignorée ou sous-estimée, ni par les populations ni par les gouvernements.

APP – L’économie de la connaissance pour laquelle vous avez opté se révèle donc être le secret de la prospérité de TAG.Global? Et aussi, plus largement, la source de richesse de l’avenir?

Talal Abu Ghazaleh – Absolument! Aujourd’hui, quelles sont les cinq entreprises les plus riches au monde? Des entreprises du savoir!
Prenez l’exemple de Google. Qu’est-ce que Google? Cette entreprise ne possède pas de matières premières et ne fabrique pas de produits. C’est uniquement son programme informatique qui en fait l’une des plus grandes entreprises au monde, plus puissante que les entreprises bancaires et pétrolières. Il en va de même pour Apple, Microsoft, Amazon et Facebook, qui ont aussi été fondées sur la base de la révolution du savoir.

Lors de mon séjour à Paris au mois de mai, à l’occasion de mon entrevue avec France 24, on m’a demandé lequel de tous mes titres je voulais utiliser pour la circonstance, et j’ai répondu : «Knowledge Worker». Comme les mineurs ou les agriculteurs qui travaillent leurs terres en utilisant divers outillages et machines, je travaille à développer mon secteur d’activités en formant et développant des travailleurs du savoir. TAG.Global est devenue la plus large entreprise formatrice dans le digital dans le monde et est présente dans presque tous les pays. Notre secret, c’est de nous être transformés en une entreprise du savoir.

APP – Quelle a été votre motivation pour créer la Fondation «La VERTICALE AME» (Afrique – Méditerranée – Europe) afin de promouvoir la coopération intercontinentale pour le développement?

Talal Abu Ghazaleh – Je suis en effet le Président cofondateur de cette institution de droit belge, déclarée à Bruxelles, après que l’idée ait émergée en France.
Je suis convaincu que notre futur réside dans la coopération entre l’Europe et l’Afrique et à l’ouverture vers l’Orient en repositionnant la Méditerranée dans son rôle central et historique d’interface. Il s’agit bien là de ne pas rester passif en regardant le déploiement de superpuissance de l’Amérique. L’avenir se construit dès maintenant.

Je me souviens par exemple, comment avoir assisté à une conférence prospective de l’Académie Nationale des Sciences en 1985 à Washington, m’a conduit à tourner mes activités vers la Chine. Toutes les délibérations avaient conduit à la conclusion que dans les vingt prochaines années, l’Amérique serait confrontée à une concurrence intense de la Chine pour le leadership mondial. Et c’est précisément ce qui est arrivé.

APP – Aviez-vous aussi le pressentiment de cette montée en puissance de la Chine?

Talal Abu Ghazaleh – La Chine est devenue le plus grand commerçant du monde et le plus grand pays manufacturier. 
De notre côté, TAG.Global a épousé la révolution de la connaissance et nous sommes notamment devenus la première entreprise du Moyen-Orient et d’Afrique à produire des ordinateurs et mobiles intelligents.

Dans le même temps, mon intérêt pour la Chine s’est avéré fructueux, étant donné que nous sommes maintenant la seule entreprise au monde à être partenaire du gouvernement chinois dans la diffusion de sa culture et de sa langue dans le monde. Nous sommes même classés meilleur opérateur international d’enseignement de la langue chinoise depuis trois ans. 
Le président Xi Jinping m’a d’ailleurs personnellement remercié pour mon rôle de soutien dans la relation arabo-chinoise, et je suis d’ailleurs le seul de la région à porter une médaille remise par le Président chinois, en plus de bien d’autres décorations d’Europe – notamment la Légion d’honneur française – et d’ailleurs.

S.E. Dr Talal Abu Ghazaleh, Président de TAG-Global et de La Fondation La Verticale AME, durant l’entretien exclusif avec AfricaPresse.Paris, en mai 2021.© AM/APP

APP – En quoi l’émergence de la Chine, que vous venez d’évoquer, peut-elle constituer un enseignement pour construire une relation Europe-Afrique forte?

Talal Abu Ghazaleh – J’ai évoqué l’évolution de la Chine car celle-ci illustre ce que peut produire la pertinence d’une vision prospective, et je crois que les relations Europe – Méditerranée – Afrique connaîtront un épanouissement d’une aussi grande ampleur. J’ai voulu concrétiser cette conviction en réalité par le biais du projet de la Fondation La Verticale AME (Afrique-Méditerranée-Europe).

C’est pourquoi nous avons voulu concrétiser cette conviction dans le projet de la Fondation La Verticale AME (Afrique-Méditerranée-Europe). En effet, si vous tracez une ligne de l’Europe jusqu’à l’Afrique, une ligne verticale apparaît, d’où le nom «La Verticale».
Ce projet n’a absolument rien à voir avec la politique – d’ailleurs je n’en ai jamais fait, et je suis fidèle en cela au précepte de mon père, qui me disait : «Fais ce que tu veux de ta vie, mais évite la politique.».

Par conséquent, nous ne sommes pas une institution gouvernementale mais un regroupement libre d’entreprises, de personnalités et d’entités universitaires ou de la société civile. Nous sommes structurés autour de trois piliers : le «Forum des Sages», qui regroupe des personnalités d’expérience et de niveau international; le «Réseau des Think Tanks» et le «Cercle des entrepreneurs», que nous organisons par secteurs d’activité et par pays.

APP – Vous nourrissez aussi la grande ambition de lier La Verticale à la Route de la soie. Pourriez-vous davantage élaborer vos propos à ce sujet?

Talal Abu Ghazaleh – Oui! Après avoir créé «La Verticale» et en avoir fait une réalité opérationnelle, j’ai encore une autre ambition : celle de la relier à la «Route de la Soie» qui elle aussi traverse toute cette région, en Afrique, en Europe et en Méditerranée.

Il se trouve que j’ai participé aux travaux préalables du Conseil consultatif de ce projet de «Route de la Soie». Le projet aura certainement des retombées favorables sur de nombreuses économies et il apportera de grandes opportunités à tous plutôt que de reposer sur un modèle colonialiste dépassé visant à capter les richesses, contrôler l’économie, l’éducation et la culture d’autres pays. Ce que nous voulons, c’est une coopération qui bénéficie à chacun.

Je suis convaincu que la formule de coopération prônée par cette initiative deviendra une réalité. Cela est inévitable car elle est dans l’intérêt de tous, et d’autant plus que la Chine, initiatrice du projet, sera sans aucun doute le leader mondial de l’avenir. C’est une réalité qu’il faut intégrer, quel que soit notre amour pour l’Amérique. Comme le disait Aristote à propos de Socrate, son maître : «J’aime Socrate, mais j’aime la vérité encore plus».
La vérité, c’est que nous sommes désormais confrontés à cette réalité : la Chine deviendra le pays le plus important du monde!

APP – Comment allez-vous organiser la Fondation «La Verticale AME»?

Talal Abu Ghazaleh – À l’occasion de ma présence à Paris, nous avons tenu en ce mois de mai un conseil d’administration pour établir la gouvernance de cette entité, enregistrée en tant que fondation de droit belge. Selon ma proposition, elle sera gérée par un conseil d’administration, lui-même constitué de trois conseils – un pour l’Afrique, un pour l’Europe, un pour la Méditerranée –, puis un conseil sera établi dans chaque pays.

Il y aura un Président du «Conseil suprême» et trois principaux conseils de branches dans chaque pays. Le but de cette structure est de former des conseils spécifiques aux trois régions, parallèlement au conseil d’administration.

Le conseil exécutif est composé d’employeurs, qu’ils soient économiques ou éducatifs. Par exemple, nous avons un conseil pour les entreprises de télécommunications opérant dans les trois régions. Il s’agit du «Conseil suprême» des télécommunications. En contrepoint, nous créons dans chaque pays un conseil pour les entreprises de télécommunications car nous voulons fonctionner en synergie, de la base vers le haut de la pyramide [«bottom up»], mais aussi du sommet vers la base [«top down»]. L’opinion de toutes les régions aussi sera prise en considération, à commencer par la position nationale du pays concerné par un projet, avec ses problèmes et ses aspirations.

APP – Voulez-vous préciser le rôle du «Conseil des chefs d’entreprise» déjà évoqué brièvement?

Talal Abu Ghazaleh – Je préside personnellement le Conseil des chefs d’entreprise de l’ensemble de La Verticale.

Nous sommes en train de le constituer et je veux qu’il inclue les institutions de premier plan de ces trois régions. Nous souhaitons également que chaque pays se dote d’un conseil de l’éducation numérique, que j’ai aussi décidé de présider personnellement. 
Comme je vous l’ai dit, l’éducation numérique est le secret du succès de TAG.Global et je souhaite créer une université numérique de La Verticale. Pour ce projet, je contribue à apporter une expérience précieuse acquise grâce au partenariat de l’Union européenne avec les universités des pays de la Ligue arabe pour la création d’une université numérique arabe.

Nous aurons donc une université numérique commune aux trois grandes régions : l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée, qui est aussi notre porte d’entrée vers l’Orient.

APP – Créer une université numérique commune à trois continents. On peut imaginer que cela sera difficile et long à concrétiser.

Talal Abu Ghazaleh – Je ne suis pas d’accord, cela est facile à mettre en œuvre s’il y a une volonté. 
Étant donné qu’il s’agit d’une université virtuelle, ce sera une université en ligne «dans les nuages» qui ne sera pas soumise aux lois et réglementations de chaque pays, mais accessible via Internet, de partout et à tous les étudiants qui souhaiteront en bénéficier.

Cette université numérique peut résoudre trois problèmes.
Premièrement : diminuer radicalement les coûts, puisque l’étudiant n’a pas à se déplacer dans un autre pays, ni à quitter sa famille ou même son travail. L’étudiant peut ainsi étudier en ligne de manière flexible en utilisant une large variété de modalités d’enseignement.

Deuxièmement : l’étudiant peut bénéficier d’un enseignement presque gratuit, grâce aux cours en MOOC, technique que nous maîtrisons parfaitement chez TAG.Global. L’étudiant qui suit les cours obtient des certificats que nous rassemblons dans des programmes dédiés, que l’on peut donc suivre gratuitement, jusqu’à l’obtention d’un diplôme universitaire.

Troisièmement : cette université en ligne permettra d’élaborer des contenus communs, par exemple entre des institutions étrangères et à la Talal Abu Al-Ghazaleh University.

APP – Vous voulez en faire un instrument qui soutienne aussi la créativité?

Talal Abu Ghazaleh – Oui! Aujourd’hui, la capacité d’innovation est surtout l’apanage de la Chine et de l’Occident. Notre objectif est aussi de faciliter l’épanouissement des capacités créatives en Afrique. 
C’est une ambition à notre portée, car nous sommes l’une des plus grandes institutions au monde dans le domaine de l’éducation et des connaissances.

APP – Quels conseils donneriez-vous aux jeunes désireux d’entreprendre?

Talal Abu Ghazaleh – Je détiens les dix recettes du succès – je vous les enverrai toutes par courriel! Mais, en voici déjà deux.

La première se résume par la suivante : «l’arme la plus puissante du succès est l’amour». Si vous aimez les gens, ils vous aimeront. Si les gens ne vous aiment pas, alors le défaut est en vous. L’amour donne plus de résultats que la haine, l’amour vous fait travailler positivement avec une psychologie détendue tandis que la haine fait de vous une personne psychologiquement complexée. Échangez avec les gens avec amour, gentillesse, éducation. Être aimé vaut mieux qu’être fort! Quand je suis allé à France 24, tout le monde a voulu prendre des photos avec moi, tout le monde m’aimait et voulait obtenir mes recettes de réussite, car mon arme c’est l’amour. Ce fut un moment de grande joie!

Deuxièmement, je souligne que Dieu ne crée pas une personne pour rester misérable et une autre personne pour être heureuse. Chacun de nous décide d’être heureux ou malheureux. Certaines personnes n’ont ni maison ni nourriture, et pourtant elles sont heureuses et remercient Dieu. Le bonheur est une décision, tout comme le succès.

APP – Nous voici à la fin de l’entretien. C’est à vous de choisir un sujet que vous aimeriez aborder.

Talal Abu Ghazaleh – J’aimerais dans ce cas évoquer la question du «peuple» et de la «démocratie». Chacun peut l’observer aujourd’hui, les États-Unis et la Chine sont en compétition pour diriger le monde. Or, ce ne sont pas seulement deux superpuissances qui s’opposent, mais aussi deux systèmes très différents de gouvernance.

Le Président Biden a par exemple déclaré que la Chine avait un avantage sur le monde démocratique du fait que son système est plus «flexible», c’est-à-dire que le Président chinois peut prendre des décisions rapides… 
Ce fut le cas pendant la crise du Corona. Alors que les pays démocratiques débattaient sur comment traiter la question, la décision en Chine a été prise par une phrase du Président – que j’avais d’ailleurs prononcée avant lui, par hasard : «Nous devons marcher sur deux lignes parallèles, l’une pour préserver la santé et les vies, l’autre pour préserver les moyens de subsistance».

Il est apparu que la plupart des pays dans le monde ont travaillé uniquement sur la préservation de la santé. Ils ont donc fermé leur pays et arrêté la production. Ainsi, tandis que la Chine atteignait une croissance de 8%, l’Amérique enregistrait une croissance négative.
Cet épisode confirme que la prise de décision est plus compliquée dans les systèmes démocratiques, tandis que les systèmes dits populistes sont plus flexibles et plus réactifs.

Je crois que cela doit nous conduire à revisiter les concepts de peuple et de démocratie. 
Je suis pour la démocratie, mais je crains qu’elle ne soit en train de mourir. Dans la constitution américaine, souvent présentée comme «le summum de la démocratie», la première phrase du premier article déclare : «Nous, le Peuple, avons décidé…».

Or, dans les systèmes démocratiques actuels, le peuple élit des représentants. Ceux-ci forment un gouvernement et décident. Le peuple alors ne décide plus. C’est un grave problème auquel il faut réfléchir si l’on veut que le système démocratique survive et se développe. Chaque citoyen doit y penser, car à mon sens les gouvernements ne prennent pas les choses assez au sérieux.
Nous devons remettre au cœur du sujet le facteur humain dans nos démocraties et nous concentrer sur le peuple et son avenir. Si nous ne le faisons pas, nous allons décevoir nos citoyens et la base même pour laquelle toute démocratie est établie, qui est de représenter les intérêts du peuple.

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