La sécurité alimentaire est doublement menacée

Ce n’est pas un hasard, si dans son discours, lors de la 35e session ordinaire de la conférence des Chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, le Président en exercice Macky Sall a mis l’accent, dès le début de son texte, sur la sécurité nutritionnelle.
« C’est justement dans l’esprit de cette Afrique sur la voie de l’émergence que s’inscrit le thème de notre sommet sur proposition pertinente du Président Allasane OUATTARA : « Bâtir une résilience en matière de sécurité nutritionnelle sur le continent africain : renforcer les systèmes agroalimentaires et les systèmes de santé et de protection sociale pour accélérer le développement social et économique et du capital humain. » »   
Cette phrase profonde, ambitieuse, complexe dissimule des réalités inquiétantes : l’Afrique est doublement menacée :

  • D’une part, par l’insécurité quantitative liée au changement climatique, aux menaces terroristes, à l’insuffisance des revenus et aux bouleversements géopolitiques qui mettent souvent en conflit entre ethnies. Ces évènements poussent les agriculteurs à l’exode rural. En conséquence, les productions agricoles vivrières se réduisent, alors que celles qui sont insérées dans l’agriculture industrielle tournée vers les exportations progressent, affaiblissant la souveraineté alimentaire des pays du continent africain.
  • D’autre part, par l’insécurité qualitative liée aux maladies infectieuses et chroniques d’origine alimentaire est en hausse. On peut notamment citer le cas dramatique de « la maladie des femmes enceintes » dans les pays émergents.
    De quoi s’agit il?
    Les femmes enceintes qui auraient un déficit en fruits, légumes, viandes et poissons donneraient naissance à des enfants souffrant d’un déficit chronique de non-interconnexion des neurones dans le cerveau de leurs bébés (cf. note ci-jointe). Les enfants souffrant de cette maladie sont peu actifs, nonchalants, incapables de prendre des décisions.

Selon Philippe Douste Blazy (ancien ministre de la Santé) aujourd’hui Président du Conseil d’administration du Fonds des Nations Unies « UNITLIFE », dédié à la lutte contre la malnutrition chronique, « dans le monde, 145 millions d’enfants de moins de cinq ans seraient touchés par cette « maladie de la femme enceinte ». En Afrique Sub-saharienne 40% des enfants de moins de 5 ans ! Dont 30% dans certains pays dont le Sénégal et 50% en RDC. » 
Ces faits sont dissimulés pour des raisons de dignité. Pour l’Afrique, le cumul de l’insécurité alimentaire quantitative et qualitative constitue un handicap certain. 

Jean-Louis Guigou (9 mars 2022)

En pièce jointe : Malnutrition UNICEF datant de 2012

POURQUOI INVESTIR DANS LA NUTRITION ?

En Afrique, la malnutrition chronique, ou retard de croissance, cette forme invisible de la malnutrition car difficilement décelable, touche près de 56 millions d’enfants de moins de 5 ans (soit 36% des 160 millions d’enfants de  cette tranche d’âge). 

Quel avenir pour ces enfants ?

  • Deux à trois fois plus d’épisodes de maladies ;
  • 2 à 3 années de scolarisation en moins ;
  • Une fille qui a souffert de malnutrition a plus de risques de donner naissance à un enfant de faible poids (moins de 2, 5 kg) ;
  • 22 à 45% de pertes de gains économiques individuels.

Quelles conséquences pour les pays?

Une mauvaise nutrition perpétue le cycle de la pauvreté et la malnutrition à travers trois axes :

  • pertes directes de productivité dues au mauvais état physique et les pertes causées par les maladies liées à la malnutrition ; 
  • pertes indirectes de pauvre développement cognitif et les pertes en matière de scolarisation ;
  • pertes causées par l’augmentation des coûts de santé.

Au moins 3% de perte du produit intérieur brut.

Des solutions simples existent 

  • Intervenir en priorité pendant les 1 000 jours de l’enfant (de sa conception à 2 ans) : c’est la période critique entre la grossesse et le deuxième anniversaire de l’enfant ;
  • Mettre à l’échelle les interventions qui ont des évidences scientifiques ;
  • Assurer que les plus pauvres et les plus démunies ont accès aux services ;
  • Assurer la synergie entre les différents secteurs tels que l’eau, l’assainissement et l’hygiène, l’agriculture, la sécurité alimentaire, la santé et la protection sociale ainsi que les différents acteurs : secteur public, secteur privé, société civile, les familles et les communautés ;
  • Mettre l’accent sur le fait que la lutte contre le retard de croissance est un investissement en matière de capital humain et pour la croissance économique ; 
  • Assurer qu’il y ait suffisamment de fonds (aide internationale et budget national) consacrés à la nutrition de la femme enceinte et du jeune enfant.

Combien faut-il investir ? 

Les interventions visant à prévenir la malnutrition chronique et ses séquelles à long terme sont, en fait, simples et très rentables et ont des effets bénéfiques à long terme sur les tests de scolarisation et d’intelligence à l’âge adulte. 

  • Pour mettre à l’échelle les interventions de nutrition et ainsi briser le cercle vicieux de la malnutrition, il faut investir par année: 32 USD par enfant et par an soit 1, 792 milliards de USD ou 1, 422 milliards d’Euros.

Ce qui doit être fait  au niveau du pays :

  • Une prise de conscience des pertes humaines et économiques dues à la malnutrition ;
  • Une volonté politique de placer la nutrition en priorité dans l’agenda politique en assurant que la nutrition est érigée en direction et qu’il existe une plateforme multisectorielle et multi-acteurs de coordination placée dans un ministère transversale (planification, primature, etc…) ;
  • Allouer plus de ressources financières (ligne budgétaire spécifique pour la nutrition dans les ministères techniques clés : santé, agriculture, protection sociale) ;
  • Assurer des capacités humaines en nutrition suffisantes (en quantité et qualité) pour le passage à l’échelle (formation de base et déploiement au niveau décentralisé).
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