Tèi KONZI, Commissaire CEDEAO : « Nous voulons un ancrage des ZES dans l’économie locale car c’est en cela que les chaînes de valeur profiteront plus aux populations locales »

Entretien exclusif avec Alfred MIGNOT, AfricaPresse.Paris (APP)
@alfredmignot | @africa_presse

Source : Tèi KONZI, Commissaire CEDEAO : « Nous voulons un ancrage des ZES dans l’économie locale (…) – AfricaPresse.Paris

Tei KONZI, Commissaire de la CEDEAO, chargé du Département Commerce, Union douanière, Fiscalité intérieure et Libre Circulation des personnes. © Capture vidéo APP

APP – Monsieur le Commissaire, quelle est votre approche du rôle des zones économiques spéciales dans le développement de l’Afrique, et particulièrement dans votre région de la CEDEAO, qui en compte plusieurs ? 

Tèi KONZI – En effet, depuis plus d’une trentaine d’années, des pays de notre région CEDEAO abritent des zones économiques spéciales, essentiellement des zones franches, mais aussi beaucoup d’autres régimes apparentés.

Aujourd’hui, notre idée sur les zones franches en Afrique de l’Ouest, particulièrement au niveau de la CEDEAO, est que ce régime économique et douanier puisse avoir un ancrage avec le milieu économique de leur installation. C’est vraiment l’un des piliers fondamentaux.

Deuxièmement, ces zones économiques spéciales doivent nous aider à effectuer enfin le transfert des technologies dont on parle depuis très longtemps. Ce débat remonte d’ailleurs aux années 1980, bien avant la délocalisation des entreprises européennes en Asie, ce qui a contribué, en partie, à créer des miracles économiques dans cette région…

Donc, les zones franches et toutes les autres zones économiques spéciales pourraient être le créneau, sinon le vecteur, qui nous conduirait, progressivement, par la formation de la main-d’œuvre locale, à développer un certain professionnalisme technologique pour nous permettre de nous prendre en charge. Car l’installation des entreprises est une chose, mais proposer le bon niveau de qualification à la main d’œuvre sur place en est une autre, et ceci est un élément extrêmement important.

En troisième lieu, au niveau du régime fiscal et douanier, nous pensons que les zones économiques spéciales, outre la création d’emplois, devraient également permettre une meilleure mobilisation des recettes budgétaires au profit des États ; étant entendu que ces entreprises produisent aussi pour le marché intérieur, cela accroît la matière taxable toute chose favorable à la fiscalité.

Voilà la vision sommaire que nous avons de cette question des ZES. Et comme tous les pays CEDEAO sont membres de la zone de libre-échange continentale africaine, nous pensons également que l’Afrique de l’Ouest est prête à intégrer la ZLECAF avec ses zones économiques spéciales, mais dans un arrangement bien approprié.

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La vocation sous-régionale 
de la plateforme industrielle de Adétikopé

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APP – Courant septembre, votre pays Le Togo, membre de la CEDEAO, a inauguré la plateforme industrielle de Adétikopé (PIA). Présente-t-elle des particularités par rapport aux réalisations précédentes de ces dernières années ? 

Tèi KONZI – L’un des critères essentiels de réussite des zones économiques spéciales, c’est le principe du regroupement géographique. C’est ce qui vient d’être réalisé au Togo ; en décidant de circonscrire une zone dédiée à des activités industrielles, le PIA s’annonce comme un projet et un vivier prometteur.

Ce sera un levier extrêmement important, car la plateforme industrielle de Adétikopé fait partie des éléments fondamentaux du Plan national de développement au Togo. Et donc, cette zone est destinée à accueillir les unités industrielles qui vont produire tant pour le marché intérieur que pour l’export, seront en connexion rapide avec le Port Autonome de Lomé, unique port en eau profonde de la côte ouest-africaine.

Cette PIA a déjà accueilli des implantations industrielles, et cela va continuer, ce qui permettra, à partir de cette zone, non seulement de créer de nombreux emplois pour les jeunes, mais aussi, par l’exportation des marchandises, de desservir davantage les pays de l’Hinterland, Burkina-Faso, Niger et Mali. Cette plateforme a une vocation sous-régionale, elle est un des leviers de la réforme économique profonde qui est en œuvre au Togo depuis quelques années maintenant.

APP – La conception de cette plateforme a été réalisée avec des opérateurs indo-singapouriens. Quelle en a été la spécificité, par rapport à ce que vous connaissez de l’expérience de la coopération, par exemple, avec les Chinois ou avec les Européens ? 

Tèi KONZI – L’opérateur singapourien OLAM International, auquel vous faites allusion, a déjà fait ses preuves en plusieurs endroits du Continent. La coopération avec cet opérateur, par exemple dans le domaine du coton et autres, s’est révélée très fructueuse. Et il a été l’un des premiers à répondre à l’appel d’offres des autorités. Mais sur cette question particulièrement, je pense que les autorités au Togo pourront être plus à même de vous éclairer par des informations plus complètes… Nous citons cet exemple pour illustrer la volonté des autorités de la région d’aller vers une mutation substantielle des économies de leurs pays.

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« Nous pensons qu’avec l’Europe, 
nous avons des atouts »

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APP – Cette idée qui est au cœur du Rapport sur les ZESS, de co-construire entre l’Europe et l’Afrique des zones économiques spéciales comme un vecteur de l’accélération de la coopération industrielle pour le développement de l’Afrique vous paraît-elle pertinente ? 

Tèi KONZI – En réalité, la notion des zones économiques spéciales englobe un certain nombre de régimes qui se ressemblent tout en présentant de nombreuses nuances qui les différencient. Mais l’objectif fondamental commun aux ZES, c’est d’abord la création d’emplois.

Aujourd’hui, nous souhaitons un ancrage des ZES dans l’économie locale. Sachant que nous sommes en Afrique de l’Ouest pratiquement un grenier de matières premières agricoles et minières, nous devrions mieux apprécier le fait que des industriels s’installent chez nous, pour transformer lesdites matières premières pour l’exportation ou pour la consommation domestique.

Que les ZES se fassent avec l’Europe, la Chine ou l’Amérique, nous souhaitons qu’au moins ces deux objectifs soient sauvegardés : la diversification de l’économie régionale par la promotion des chaînes de valeur régionales, et la création d’emplois.

Aussi, comme je l’ai dit plus haut, il faut favoriser l’émergence d’un vivier d’ouvriers et de techniciens qualifiés dans le domaine de la technologie par la formation professionnelle et pratique.

Aujourd’hui, nous pensons qu’avec l’Europe, nous avons des atouts. Le premier est l’atout historique. L’Afrique et l’Europe se connaissent bien, depuis longtemps. Les Européens sont d’ailleurs les tout premiers à avoir dessiné nos cartes ; alors si les deux continents décident de coopérer, de créer des co-entreprises dans le cadre des ZES, je pense qu’il n’y a aucune raison de douter de la réussite d’un tel projet. 
Maintenant, il faut souhaiter que cela se fasse rapidement car nous avons besoin de créer des emplois, et vite !

……

*Tèi KONZI, est Commissaire de la CEDEAO, chargé du Département Commerce, Union douanière, Fiscalité intérieure et Libre Circulation des personnes.

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