Politiques d’attraction des ressortissants résidant à l’étranger : Maroc, Algérie, Liban

Ce rapport analyse les dispositifs mis en oeuvre par trois États – Maroc,Algérie, Liban – afin de maintenir des liens avec leurs ressortissants qui résident à l’étranger. À l’origine de ces dispositifs, un constat : l’émigration a un impact sur les pays de départ. Elle peut avoir un effet positif grâce aux transferts de fonds et aux transferts de compétences. De plus, les émigrés peuvent jouer le rôle de pont entre le pays de départ et le pays d’accueil.

L’impact de l’émigration peut être négatif si le pays de départ ne parvient pas à maintenir des liens avec ses ressortissants à l’étranger, à stimuler les transferts de fonds et à les orienter vers des secteurs productifs. C’est pourquoi, un nombre croissant d’États mettent en oeuvre des dispositifs qui visent à maximiser les bénéfices de l’émigration et à en minimiser les coûts.
Le Maroc, le Liban et l’Algérie ont expérimenté différentes formules institutionnelles.

Ce rapport accorde une attention particulière aux institutions spécifiquement dédiées à l’émigration. Il retrace leur évolution en mettant en avant les difficultés auxquelles elles ont dû faire face. Dans les trois cas étudiés, l’action des ministères dédiés à l’émigration a été confrontée aux problèmes de chevauchement de compétences, de concurrence institutionnelle et d’insuffisance budgétaire. Ces problèmes étaient plus saillants encore dans le cas libanais.

Les dispositifs mis en place ont trois objectifs principaux : renforcer et pérenniser les liens économiques entre les émigrés et leur pays d’origine, créer ou maintenir des liens culturels et permettre la représentation politique des émigrés.

Afin de renforcer et pérenniser les liens économiques, le Maroc met en oeuvre des mesures incitatives spécifiquement à l’intention des émigrés.
Les autorités marocaines mettent en place des dispositifs pour orienter les investissements vers les secteurs productifs (campagnes d’information, dispositifs de cofinancement pour les investissements des émigrés dans certains secteurs estimés productifs, etc. ).

En Algérie et au Liban, malgré une rhétorique qui met en avant le potentiel économique que représentent les transferts de fonds des émigrés, aucun avantage ne leur est accordé. Les autorités en appellent au patriotisme des émigrés pour dynamiser les transferts de fonds et les investissements. Pour stimuler les transferts de compétences, le Liban, le Maroc et l’Algérie mettent en place des dispositifs inspirés du programme Tokten du Pnud, qui visent à faire contribuer les migrants qualifiés à des projets lancés par des organismes du pays d’origine.

Afin de créer et maintenir les liens culturels avec les émigrés, le Maroc et l’Algérie mènent une politique dynamique qui vise plus particulièrement les descendants des émigrés. Ils favorisent les retours vacanciers ( facilitent les flux estivaux et organisent des colonies de vacances et des écoles d’été pour les émigrés ). Le Maroc et l’Algérie ont des dispositifs qui permettent aux enfants d’émigrés de se familiariser avec la langue et la culture de leurs parents dans leur pays de résidence ( cours de culture et de langue, activités organisées par le centre culturel algérien à Paris ou le centre culturel marocain à Montréal, etc. ). À l’exception des colonies pour jeunes issus de l’émigration, ou de journées dédiées à l’émigration, le Liban a mis en oeuvre peu de dispositifs visant à maintenir les liens culturels avec ses émigrés.

L’ancienneté de l’émigration libanaise, la distance entre le Liban et les pays d’accueil, la dispersion de l’émigration ainsi que l’instabilité de l’État libanais contribuent à expliquer ce déficit.

Afin de permettre la représentation politique des émigrés, le Maroc, l’Algérie et le Liban ont dû repenser les notions de nationalité et de citoyenneté.

Les trois États autorisent la double nationalité et permettent la transmission de la nationalité par la filiation. Dans le cas du Liban, la transmission de la nationalité ne se fait que par le père. Tous ont octroyé le droit de vote aux émigrés. Les Algériens jouissent d’une représentation spécifique au sein du parlement depuis 1997. Au Maroc, les MRE peuvent s’inscrire sur les listes électorales de leur commune d’origine, mais ne peuvent voter qu’en se déplaçant au Maroc ou par procuration. Au Liban, la loi prévoit, depuis 2008, que les émigrés libanais votent pour leurs circonscriptions d’origine depuis l’étranger. Cette loi devrait être mise en application aux élections législatives de 2014.


AUTEUR :
Farida SOUIAH


S O M M A I R E
  • RESUME
  • INTRODUCTION
  • LE MAROC :
    • L’évolution de l’intérêt porté aux émigrés et l’institutionnalisation de la gestion de l’émigration
      • L’émigration marocaine
      • L’évolution de l’intérêt porté aux émigrés : du travailleur à la communauté
      • Les institutions chargées de la politique d’émigration du Maroc
    • Les dispositifs et politiques d’attraction des migrants
      • Inciter à contribuer au développement économique du Maroc
      • Renforcer les liens culturels et identitaires
      • Octroyer la nationalité et garantir des droits politiques
  • L’ALGÉRIE :
    • L’évolution de l’intérêt porté aux émigrés et l’institutionnalisation de la gestion de l’émigration
      • L’émigration algérienne
      • L’intérêt porté aux émigrés
      • Les institutions chargées de l’émigration en Algérie
    • Les dispositifs et politiques d’attraction des migrants
      • Maintenir et renforcer les liens économiques
      • Renforcer les liens culturels et identitaires
      • Octroyer la nationalité et garantir des droits politiques
  • LE LIBAN :
    • L’évolution de l’intérêt porté aux émigrés et l’institutionnalisation de la gestion de l’émigration
      • L’émigration libanaise
      • L’intérêt porté aux émigrés
      • Les institutions chargées de l’émigration au Liban
    • Les dispositifs et les politiques d’attraction des émigrés.
      • Maintenir et renforcer les liens économiques
      • Renforcer les liens culturels et identitaires
      • Octroyer la nationalité et garantir des droits politiques
  • CONCLUSION GENERALE
  • BIBLIOGRAPHIE
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