Les échanges agroalimentaires Europe-Afrique au service du codéveloppement

Cette étude conduite par Flé DOUMBIA, ingénieur et économiste, directeur de We Trade, et dont nous publions ci-dessous la préface de Jean-Louis GUIGOU et Jean-Louis RASTOIN, développe une analyse totalement inédite des flux commerciaux agroalimentaires entre l’Europe et l’Afrique, en se fondant sur l’étude de cas de vingt produits etquartorze filières. 

L’mbition de cet important travail, clairement revendiquée par l’auteur et son partenaire Ipemed, est d’identifier les produits du seteurs agroalimentaires sur lesquels pourrait se fonder une politique agricole commune, qui  favoriserait les complémentarités entre les écosystèmes des deux continents.

PRÉFACE

Jean-Louis GUIGOU
Fondateur de l »IPEMED

Jean-Louis RASTOIN
Professeur émérite à Montpellier SupAgro

Mme Ursula Von Der Leyen, Présidente de la Commission européenne, semble vouloir faire progresser à grands pas les relations économiques entre l’Europe et l’Afrique et amplifier le tournant pris par Jean-Claude Juncker avec la « Nouvelle Alliance ».

La nouvelle Présidente veut désormais travailler « avec » l’Afrique et non plus « pour » l’Afrique, mais surtout elle a donné une mission au Commissaire Phil Hogan, responsable du Commerce international, d’aménager à terme la construction d’une zone de libre-échange entre les deux continents, l’Europe et l’Afrique.

« I want you to prioritize our trade and investment partnership with Africa. The implementation of the African Continental Free Trade Agreement should be seen as a step towards our long-term objective of a continent-to-continent free trade area between Africa and the EU »

Nous voilà ainsi au cœur du sujet invoqué dans cette étude réalisée par Flé DOUMBIA, Ingénieur et Économiste franco-ivoirien, pour IPEMED et la Verticale AME.

En prenant le secteur des productions agricoles et des produits agroalimentaires, est-il possible de construire en une dizaine d’années, un marché commun agricole euro-africain, régulé par une politique agricole africaine, comme l’a fait l’Europe avec sa politique agricole commune ?

Peut-on imaginer, compte tenu de la proximité géographique, de la complémentarité agroclimatique et d’un réseau dense de relations humaines, que :

  • L’Union européenne (UE) importe préférentiellement des produits agroalimentaires tropicaux et équatoriaux élaborés sur place en provenance d’Afrique ?
  • L’Union africaine (UA) importe préférentiellement des produits agroalimentaires spécifiques des zones tempérées nord en provenance de l’Europe ?

Ce qui pose dès lors les questions suivantes :

L’UE est-elle en capacité de proposer aux 54 États africains et aux 2,5 milliards d’Africains en 2050, dans le cadre d’un accord global de sécurité et de souveraineté alimentaire durable :

  • D’une part de coproduire localement le maximum de denrées alimentaires adaptées à leur géographie (les tropiques et l’équateur) pour leur consommation interne et pour exporter ?
  • D’autre part, de leur garantir un approvisionnement suffisant et régulier en produits agricoles et agroalimentaires de l’hémisphère nord dont ils sont importateurs (huile, céréales, sucre, vin…) ?

L’étude ici présentée apporte des éléments de réponse très intéressants et positifs, bien qu’elle ne porte que sur un échantillon de 20 productions agroalimentaires, sur un ensemble bien plus large.

Flé DOUMBIA a dirigé des travaux de recherche sur la coopération commerciale entre l’Union européenne (28 pays) et l’Afrique (54 pays) avec une bonne expertise, et est Directeur d’une publication de référence sur le sujet. Pour ce travail, il a sélectionné 20 produits agricoles et agroalimentaires-tests qui se répartissent en :

  • 14 filières de produits tropicaux et équatoriaux (cacao, café, agrumes, etc.), qui représentent près de 60 % de l’ensemble des exportations agricoles de l’Afrique vers l’Europe. En dix ans (2006-2007 à 2016-2017), les importations de l’Europe en produits africains (souvent des matières premières) sont passées en moyenne de 7,2 milliards $ à 12,7 milliards de dollars. Cette croissance aurait pu être plus forte, car l’Afrique a beaucoup exporté en Amérique, Chine, Russie, Turquie…

Sur les 14 produits tropicaux et équatoriaux qu’elle exporte, l’Afrique n’est leader sur le marché européen que pour 3 produits (dont le cacao). C’est-à-dire que l’Europe importe beaucoup de produits tropicaux et équatoriaux hors d’Afrique, en provenance d’Amérique du Sud et des pays d’Asie.

  • 6 filières agroalimentaires spécifiques des pays de l’hémisphère nord (Europe, Amérique, Russie), (dont le blé, le sucre, les alcools, les conserves…) qui représentent près de 33 % de l’ensemble des importations africaines de ce secteur agricole en provenance d’Europe. Sur chacune de ces 6 filières, l’UE est leader des exportateurs.

Il résulte de cette analyse que :

  • L’Europe contribue à alimenter l’Afrique, mais la réciproque n’est pas vraie : l’Afrique n’alimente que très partiellement l’Europe en produits tropicaux et équatoriaux, ces produits provenant largement d’Amérique du Sud et d’Asie.
  • L’Europe exporte en Afrique des produits agroalimentaires coûteux, tandis que l’Afrique exporte en Europe des matières premières non transformées, à faible prix. Or, en Afrique, le potentiel de production et de transformation sur place est considérable. Des millions d’emplois pourraient y être créés, sachant que le secteur agricole et agroalimentaire représente 25 % du PIB africain et emploie près de 60 % de la population active.

Deux actions sont en conséquence préconisées :

1ère action :

Construire des filières euroafricaines entre opérateurs (recherche, production, transformation, commercialisation) pour accroître la productivité et la valorisation locale, en Afrique, des produits tropicaux et équatoriaux.

2e action :

Réorienter les flux commerciaux par des incitations (préférences communautaires) conduisant les opérateurs européens à privilégier les produits tropicaux et équatoriaux venant d’Afrique.

Tel pourrait être le rôle de la Politique agricole africaine et européenne commune (PAAEC). La zone de libre-échange devra être régulée par des normes de durabilité et de préférence régionale.

Le travail pionnier et prospectif de Flé DOUMBIA est éclairant et convaincant. Il ouvre la porte à des réflexions porteuses d’espérance sur la construction d’une souveraineté agroalimentaire des continents européen et africain.

Il faut à présent approfondir les pistes esquissées par ce rapport entre économistes africains, méditerranéens et européens. Tel est le rôle de la fondation la Verticale AME (Africa Med Europa).

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