Le tourisme en Tunisie : Les défis à l’heure de la transition démocratique

Initiatrice du Printemps des peuples qui s’est levé sur la plupart des pays arabes à la fin de l’année 2010, la Tunisie est au seuil d’une transition démocratique. Le succès de cette transition dépendra de la capacité du pays à préserver et à consolider l’assise économique sur laquelle s’est fondée l’émancipation de sa population. L’inquiétude des Européens vis-à-vis du soulèvement tunisien a profondément affecté le tourisme, un des secteurs qu’il faut soutenir en priorité.

L’enjeu dépasse la seule sphère économique. Car si l’activité touristique représente, dans ce pays, plus de 6% du pib et plus de 12% de l’emploi à la fin des années 2000, son rôle dans l’histoire de la Tunisie indépendante a été plus fondamental encore. En effet, le tourisme a été mis au coeur du modèle de développement après la décolonisation en vue de garantir l’indépendance du pays et de le faire accéder à la modernité. La venue en masse de touristes européens, dès les années 1960, a exercé une influence considérable sur les axes géopolitiques et géoéconomiques privilégiés par les autorités.

Elle a notamment concouru à l’ouverture sur l’Occident qui  caractérise encore aujourd’hui l’orientation géopolitique du pays et déter mine en grande partie la nature démocratique des evendications des nouvelles générations.

Vecteur d’échanges économiques et humains entre la Tunisie et la rive nord de la Méditerranée, le tourisme demeure l’un des principaux moteurs du rapprochement euro-tunisien.

La nécessité d’un renouveau est d’autant plus grande qu’indépendamment des circonstances actuelles, le secteur touristique national est en péril. Depuis le début des années 2000, la Tunisie est parmi les PSEM celui où le nombre d’arrivées interna tionales a connu la plus faible progression et où la dépense moyenne des touristes interna tionaux est la plus basse. Cette piètre performance, qui contraste avec la forte croissance des années 1970-2000, reflète l’essoufflement d’un modèle basé sur le produit balnéaire de masse, à l’heure où les pratiques du tourisme international évoluent radicalement. Ainsi, même si la relance de l’activité est une priorité à court terme, les difficultés conjonc turelles s’enracinent dans des défaillances structurelles d’une toute autre ampleur.

Depuis la fin des années 1990, nombre d’études publiques, techniques et universitaires ont identifié ces défaillances et ont défini les moyens d’y remédier.

Cette Note, qui présente les principaux résultats de ces travaux, ne vise pas à proposer de nouvelles solutions.

Elle entend simplement réévaluer les enjeux du développement touristique à la lumière du bouleversement actuel : le remplacement d’un régime autocratique par un régime démocratique. Fondé sur des entretiens avec les principaux acteurs du tourisme tunisien (institutions, opérateurs et société civile de Tunisie et d’Europe), ce travail montre, dans un premier temps, le rôle que le secteur a joué dans le développement de la Tunisie et comment il s’est placé au coeur du système sur lequel tient l’équilibre économique du pays.

La deuxième partie expose en quoi le système benaliste, mis en place à partir de 1987, et ses pratiques arbitraires et discrétionnaires ont entravé la mise en oeuvre d’une nouvelle stratégie dont chacun connaissait l’urgente nécessité.

Enfin, dans un troisième temps, l’étude souligne comment les défis et les opportunités du secteur s’inscrivent dans le processus de transition démocratique. Cette Note est ainsi l’occasion d’exposer, à travers une analyse sectorielle, les enjeux de la libéralisation et de la démocratisation des économies touristiques dans les pays de la rive sud de la Méditerranée.

L’auteur :

Chargé de recherche à Ipemed, Maxime Weigert est doctorant en géographie économique à l’Institut de recherche et d’études supérieures du tourisme de Paris I (Irest). Dans le cadre de sa thèse, intitulée «Tourisme et intégration euroméditerranéenne: quel rôle pour la firme touristique dans l’évolution du tourisme au Grand Maghreb?», il analyse les logiques d’implantation des firmes touristiques dans les pays de la rive sud de la Méditerranée, et étudie les effets de l’invesissement touristique sur le développement territorial au Maghreb. Ce projet doctoral fait l’objet d’une convention entre Ipemed, l’Irest et l’Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT).

SOMMAIRE

  • INTRODUCTION
  • Naissance et essor du tourisme tunisien
  • Un facteur d’indépendance
  • Les acteurs privés prennent le relai
  • L’avènement d’un modèle
  • Les conséquences de l’essor
  • Un modèle aujourd’hui en crise
  • Une offre obsolète et non diversifiée
  • Les causes de l’enrayage
  • La concurrence méditerranéenne
  • Le rôle du régime bénaliste
  • Un défi majeur : la démocratisation du secteur
  • Une restructuration indispensable
  • Comment réguler et restructurer ?
  • CONCLUSION
  • BIBLIOGRAPHIE
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