Le « nouveau » Sommet Afrique-France était vraiment « nouveau » … mais il faudra aussi qu’il s’avère économiquement utile !

La diaspora franco-africaine et la jeunesse africaine, on le sait depuis le discours de Ouagadougou en novembre 2017, sont les populations sur lesquelles le Président Emmanuel Macron mise le plus pour changer positivement la relation Afrique-France. Le récent sommet de Montpellier en est un bel essai… qu’il reste à transformer en avancées économiques.

Par Jean-Louis GUIGOU

Le Président de la République voulait de la nouveauté et en finir avec les anciennes formules qui génèrent la répétition et les frustrations. Il a réussi son pari ! Peut-être même la réalité a dépassé ses espérances ?

La nouveauté était partout :

Nouveauté de la cible visée : les jeunes de la diaspora étaient à l’honneur. Pas de chef d’État, pas de Ministre et de diplomates étrangers.

Le but fut atteint : 3000 jeunes aux trois quarts africains ou franco-africains.

Nouveauté de l’objectif : essayer de rétablir avec la jeunesse africaine en souffrance, vindicative, très critique vis-à-vis de la France, de nouveaux rapports de confiance et se tourner, ensemble, vers l’avenir.

Nouveauté dans la préparation du Sommet : pendant un an, l’universitaire Achille MBEMBE – réputé pour être lui-même critique et sans complaisance vis-à-vis de la France – a parcouru douze pays africains, écouté, consulté et identifié les bons interlocuteurs auxquels il fut proposé de dialoguer, trois heures durant, avec le Président de la République. Quelle aubaine pour ces jeunes !

Nouveauté dans le déroulé et l’ambiance autour du Sommet : après une demi-journée d’ateliers et de forums thématiques visités par le Président de la République, ce fut la grande plénière, trois heures durant, où devant 3000 participants en liesse, le Président de la République fut confronté, seul, à onze jeunes bien décidés à en « découdre », à clamer leur colère et leur frustration sur un ton accusateur et parfois vindicatif du style :

  • En finir avec les « aides », le paternalisme et la condescendance !
  • Demander pardon aux Africains pour l’esclavage, la colonisation, un passé trop lourd à porter !
  • Cesser de protéger et de collaborer avec les dictateurs !
  • Arrêter de discriminer la diaspora et la reconnaître à sa juste valeur !
  • Préparer le retrait des bases militaires en Afrique (comme furent retirées les bases américaines d’Europe…)

Nous étions loin de la langue de bois ! Si le Président a souhaité une expression forte, violente, parfois irrespectueuse ou démagogique, le résultat a été atteint. Bravo – les réponses du Président étaient fortes et argumentées.

Nouveauté enfin dans les décisions : les résultats ne se feront pas attendre : l’Agence Française de Développement (AFD) devrait être rebaptisée et orientée vers les investissements utiles à la société civile, un fonds d’innovation pour la démocratie va être créé pour soutenir les acteurs du changement en Afrique, la création d’une Maison des mondes africains et des diasporas, etc.

Ce sommet était certes « nouveau », mais sera-t-il utile ?

Les jeunes ont montré leur colère et le Président de la République son courage. Certes le besoin de démocratie est essentiel. Mais créer des emplois et « remplir les estomacs » reste indispensable.

Après la nouveauté politique, il faudrait maintenant la nouveauté économique. Dans ce domaine les forces de résistance sont moins bruyantes mais tout aussi tenaces.

Une fondation autonome animée par des entrepreneures Français, Européens, Méditerranéens et Africains, associant les milieux scientifiques, thématique par thématique, constituerait un outil performant (comme le GIEC pour le climat).

Les jeunes Africains et la diaspora ont obtenu un fonds et une Maison, les entreprises et les scientifiques pourraient obtenir une fondation pour, ensemble et dans la durée, préparer des projets économiques utiles aux Africains et aux Européens.

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