Dynamiques des investissements dans les pays riverains de la Méditerranée

Au Nord comme au Sud de la Méditerranée, la conjoncture ne semble pas favorable à la mise en place de nouveaux partenariats productifs entre des pays traversés par des situations économiques et sociales diverses et complexes. Celles-ci engendrent, au contraire, des crispations économiques profondes symbolisées par des taux de chômage élevés, des risques de déflation, la baisse de la consommation des ménages, etc.

Pourtant, depuis plusieurs années, de nouvelles dynamiques économiques sont à l’œuvre afin de valoriser au mieux les complémentarités entre les deux rives de la Méditerranée.

Dans l’ancien modèle, qui prédomine toujours dans la région, une forme de complémentarité Nord-Sud était bien exploitée mais celle-ci se limitait à une division classique du travail, symbolisée par la délocalisation au Sud de segments intensifs en main d’œuvre non qualifiée et à faible valeur ajoutée.

Un nouveau paradigme se met en place en s’appuyant sur les principaux ressorts du Sud que sont la main d’œuvre qualifiée et hautement qualifiée, la présence de partenaires industriels bien installés dans leurs marchés, une base infrastructurelle solide qui continue à se moderniser, l’accès à des marchés émergents, en Méditerranée et au-delà, une jeunesse enthousiaste et des régimes politiques en transition qui sont tenus d’ériger l’économie en priorité. Dès lors, il ne s’agit plus de conserver au Nord les activités nécessitant une main d’œuvre qualifiée et de délocaliser au Sud les activités nécessitant une main d’œuvre abondante et bon marché, mais d’associer la main d’œuvre qualifiée du Sud, moins onéreuse que celle du Nord, aux activités à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit pas non plus de remplacer les emplois qualifiés du Nord par des emplois qualifiés au Sud, mais d’intégrer des partenaires ou des segments localisés au Sud dans un projet commun de croissance sur le marché européen (500 millions de personnes) et sur le vaste marché africain émergent (2 milliards de personnes en 2050).

Depuis sa création en 2006, IPEMED a détecté, observé et analysé ces nouvelles dynamiques qu’il regroupe sous les termes de « colocalisation » et de « coproduction ». Plusieurs rapports ont été produits par l’Institut sur ce sujet :
– Convergence en méditerranée (Construire la Méditerranée, IPEMED, déc. 2010) ;
– Pour une stratégie euro-méditerranéenne de colocalisation (Etudes & Analyses, IPEMED, déc. 2012) ;
– Coproduction en Méditerranée : Illustrations et recommandations (Etudes & Analyses, IPEMED, nov. 2014).

Au cours de ses travaux, IPEMED a constaté l’abondance de données statistiques éparses sur les IDE en Méditerranée, leurs origines et leurs évolutions. Pour autant, aucune étude scientifique globale portant sur des analyses qualitatives et sur les stratégies des investisseurs, leurs comportements, leurs attentes et les obstacles et difficultés rencontrées n’existe à ce jour. Néanmoins, avec l’apparition de ces nouvelles dynamiques, telle la coproduction, un travail d’analyse et d’études qualitatives ex post sur les investissements réalisés en Méditerranée apparait comme nécessaire afin de mieux comprendre, et d’accompagner, ce nouveau modèle permettant le développement d’une économique plus durable, inclusive et pérenne.

Ainsi, lors de son Forum annuel organisé à Sousse, en Tunisie, le 4 décembre 2014, IPEMED a annoncé le lancement de l’Observatoire de la coproduction en Méditerranée.

Piloté par IPEMED et soutenu par Bpifrance, l’Observatoire de la coproduction en Méditerranée vise à analyser qualitativement les stratégies des investisseurs méditerranéens, leur comportement, leurs attentes et les difficultés qu’ils rencontrent pour s’insérer dans le tissu local. L’Observatoire de la coproduction en Méditerranée remplit une mission d’observation, de suivi, d’information et de sensibilisation auprès des pouvoirs publics et des entreprises du Nord et du Sud de la Méditerranée, notamment sur des filières d’avenir.

Première publication de l’Observatoire, le rapport Dynamique des Investissements dans les pays riverains de la Méditerranée : situation macro-économique dresse un état des lieux de la situation macro-économique des sept Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (Algérie, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Tunisie, Turquie) et des dynamiques d’investissement à l’œuvre dans ces pays et, en particulier, en lien avec les quatre pays nord-méditerranéens de l’échantillon (Allemagne, Espagne, France, Italie).


Auteurs :
Martin FLEURY
Jean-Philippe PAYET
Cabinet R.M.D.A
Travaux coordonnés par :
Amal Chevreau
Michel Gonnet
Thibault Fabre


SOMMAIRE

PRÉFACE DE JEAN-LOUIS GUIGOU, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL D’IPEMED

INTRODUCTION

1. TENDANCES LOURDES ET PERSPECTIVES DE CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Constat n°1 : Les PSEM maintiennent une croissance positive malgré les récentes crises régionales et mondiales et s’avèrent relativement vulnérables à la conjoncture européenne
 Constat n°2 : La croissance des PSEM demeure insuffisante pour relever les défis économiques et sociaux d’un développement durable
Constat n°3 : L’émergence de classes moyennes, et le positionnement stratégique des PSEM leur offrent des perspectives prometteuses 

2. DÉMOGRAPHIE ET EMPLOI
Constat n°4 : Face à un continent européen vieillissant et une Afrique Subsaharienne très jeune, les PSEM12 représentent un vivier important de travailleurs aux qualifications grandissantes.
Constat n°5 : Les PSEM7 restent toutefois touchés par un chômage important alors que la part de la population active devrait encore croître significativement 

3. RELATIONS FINANCIÈRES
Constat n°6 : L’UE4 entretient d’importants liens financiers avec les PSEM7, en particulier au Maghreb, mais ils se traduisent trop peu par des investissements structurants et productifs.

4. COMMERCE ET INTÉGRATION RÉGIONALE
Constat n°7 : Dans les pays du Nord, l’intégration régionale joue pleinement son rôle. Les PSEM7 sont encore marginaux en termes de partenaires à l’exportation
Constat n°8 : A l’inverse, certains pays du Sud sont fortement dépendants de l’UE pour leurs exportations mais le commerce infrarégional est atone faute d’intégration économique
Constat n°9 : Dans les PSEM7, les produits manufacturés et mécaniques ont progressivement supplanté les produits agricoles en termes d’exportation mais les filières plus technologiques tardent à décoller

5. DYNAMIQUES D’INVESTISSEMENT
Constat n°10 : Les IDE sont volatiles sur les deux rives et très sensibles à l’environnement international et au risque perçu
Constat n°11 : La nature des IDE, au Sud, conduit encore à trop peu de production de valeur ajoutée.
3 Constat n°12 : Le risque réel semble surestimé, en particulier dans les PSEM

6. COMPÉTITIVITÉ ET COPRODUCTION
Constat n°13 : Les réformes engagées par les PSEM ont conduit à une relative convergence vers les standards des pays de l’UE. Une complémentarité s’affirme désormais en matière de technologie et d’accès aux marchés. 
Constat n°14 : Malgré des efforts continus, des obstacles au bon fonctionnement des affaires doivent encore être levés pour faire des PSEM7 de véritables pays émergents
Constat n°15 : En parallèle, des stratégies de pôle de compétitivité et de clusters émergent et renforcent le travail sur l’amélioration du climat des affaires

CONCLUSION

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page