Deux bonnes nouvelles pour la sécurité alimentaire en Europe : Les accords CETA et Europe-Mercosur pourraient ne pas être ratifiés

Sous la pression des consommateurs et des écologistes, le modèle d’agrobusiness est de plus en plus contesté au profit du modèle agroécologique, de plus en plus plébiscité.

Le premier a valorisé l’agriculture intensive, l’usage des engrais et des pesticides, la monoculture, la mécanisation, le libre-échange, les grandes surfaces. Il a permis d’augmenter la production alimentaire plus rapidement que la croissance démographique. Mais, il a généré la malbouffe, le diabète et la destruction des écosystèmes.

L’agriculture biologique, c’est à l’opposé une agriculture maitrisée, de terroirs avec des circuits courts et le respect de l’environnement, le non-usage de certains pesticides, les rotations de l’exploitation des terres en jouant sur la complémentarité des activités culture/élevage.

L’Europe évolue dans le bon sens vers la transition écologique agricole. En revanche, au niveau international, les régulations sociales et environnementales sont plus difficiles à obtenir et à faire respecter.

Ceci étant, deux bonnes nouvelles confirment que, même au niveau de la mondialisation des échanges agricoles, régulés par le libre-échange, les choses évoluent positivement.

Les accords CETA et Europe-Mercosur pourraient ne pas être ratifiés

« Le comprehensive économic and Trade Agreement (CETA) » est un accord bilatéral de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.

  • Il a été signé en 2016 et entre potentiellement en vigueur en 2017.
  • Cet accord doit réduire de 99 % les barrières d’importation.
  • Cet accord a donné lieu à des débats tendus.

En juin 2020, la convention citoyenne sur le climat a demandé au gouvernement de ne pas ratifier le CETA. Le Sénat a repoussé le vote.

Or, un rapport de la Commission européenne consécutif à l’importation des élevages bovins canadiens destiné au marché européen, publié en mai 2020, met sérieusement en doute le respect de l’interdiction de l’usage des hormones, avec la complicité des vétérinaires canadiens payés par les éleveurs.

La traçabilité du bœuf sans hormones n’étant pas assurée, le gouvernement français temporise, les ONG écologistes s’activent. Le Sénat repousse toujours le vote. En cas de non-ratification, le CETA pourrait être définitivement enterré par la France.

L’accord commercial Europe-Mercosur n’est, quant à lui, pas encore enterré mais bien plombé !

Cet accord de libre-échange entre l’UE et les pays du MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) porte, là encore, sur la baisse des droits et devoirs et la libre implantation des activités et des services.

Deux mois après sa conclusion par la Commission européenne, en juin 2019, Emmanuel Macron avait mis son veto lors du G7 de Biarritz. Le Président critiquant la politique climatique et environnementale du Brésil., notamment la déforestation massive.

Un rapport d’expert commandé par Edouard Philippe a été remis au Premier ministre le 7 septembre 2020 (1). Ce rapport insiste sur les risques de déforestation, les risques sanitaires d’une agriculture intensive susceptible de nuire à l’agriculture française et européenne et aux consommateurs.

Ce rapport demande à la France de s’opposer au projet d’accord UE/Mercosur.

En conclusion :

  • La Commission européenne reste encore trop marquée par l’idéologie du libre-échange et l’agrobusiness, même si la récente stratégie « de la fourche à la fourchette », composante du « Pacte Vert » de l’UE ouvre des perspectives pour une transition socio-écologique.
  • La France – avec d’autres pays – pourrait ne pas ratifier ces deux accords de libre échange qui portent essentiellement sur l’agriculture industrielle et intensive ;
  • Le moment est venu, avec la Covid, d’introduire des critères de durabilité dans le commerce mondial et de soutenir le développement de systèmes alimentaires territorialisés fondés sur les circuits courts, la proximité entre acteurs des filières et la complémentarité entre voisins ;
  • Régionaliser la production et les échanges agricoles entre des pays voisins complémentaires soucieux de protéger leur environnement et la santé de leur population, constitue une alternative au libre-échange agricole mondial ;

Par exemple, pourquoi ne pas imaginer une alliance agro-alimentaire entre l’Europe et l’Afrique pour produire et échanger des produits agricoles sains : l’Europe achèterait préférentiellement le produits tropicaux et équatoriaux ou dessaisonalisés à l’Afrique et l’Afrique achèterait les produits du Nord (céréales, lait, oléagineux) de préférence à l’Union Européenne… Un marché commun entre l’Europe et l’Afrique aurait plus de sens que le CETA et l’Accord avec le Mercosur, qui datent et son construits sur un vieux modèle de libre-échange axé sur les sur les bas coûts avec des pays lointains. [Voir à ce sujet notre Cahier Ipemed/La Verticale N° 38 : « Les échanges agroalimentaires Europe-Afriqueau service du codéveloppement »]

  • Le risque, pour l’Europe et l’Afrique, serait que l’agrobusiness mondialisé, obnubilé par la conservation de ses rentes, ait la mauvaise idée d’aller chercher des « relais de croissance » en Afrique et de penser pouvoir y prospérer en déforestant la zone équatoriale, et en excluant les agriculteurs africains.

Jean-Louis Guigou

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1 « L’impact de l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada (AECG / CETA) sur l’environnement, le climat et la santé ».

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