Allocution de Jean-Claude Juncker, Président d’honneur de la Fondation La Verticale AME, en introduction du webinaire sur les Zones Economiques Spéciales – 7e EU-Africa Business Forum (EABF22)

Après 20 ans de croissance continue, l’Afrique aborde une séquence plus risquée : pandémie, dégradation sécuritaire, moins de croissance et bouleversements géopolitiques. À cet égard, le rôle que pourrait jouer l’Europe qui, comme l’exprime le Président Macky Sall, est « un partenaire naturel » de l’Afrique, est plus important que jamais. L’Europe est donc dans l’obligation de trouver les voies et les moyens pour que se développe une Nouvelle Alliance avec l’Afrique : le Plan d’Investissement Extérieur de l’UE est une première étape essentielle pour établir la confiance mutuelle, qui devrait être suivie par la conclusion d’un accord de libre-échange entre l’Afrique et l’Europe ; les progrès substantiels réalisés dans la création de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAF) au cours des dernières années sont par conséquent providentiels. Le moment est venu de ne pas se détacher de l’Afrique, ni de multiplier les interventions, mais d’aller à l’essentiel, dans l’intérêt de tous, africains comme européens. 

Pour donner une nouvelle dimension au partenariat de l’Union Européenne avec l’Afrique, au moins deux actions me paraissent prioritaires.

Pour faciliter les dialogues à tous les niveaux de la société civile, il faut créer des espaces libres, indépendants et innovants et co-gérés où scientifiques, entrepreneurs et jeunes leaders puissent se retrouver en toute liberté et lancer des idées et des projets utiles aux populations et susceptibles de rapprocher les économies des deux continents. 

La Fondation La Verticale Africa-Med- Europa, que je suis honoré de servir, en tant que Président d’Honneur avec Mahamadou Issoufou, est une parfaite illustration de comment répondre à ce défi. Grâce à sa structure – indépendante des institutions, paritaire et travaillant dans la durée avec une vision prospective à long terme, et avec ses trois piliers bien distincts- un cercle des entrepreneurs pour le pilier business, un forum des sages pour le pilier politique et un réseau de think-tanks pour le pilier scientifique, la Fondation La Verticale Africa-Med-Europa représente l’outil idéal en suivant cette approche.

La deuxième priorité est de permettre aux Africains de se développer à partir d’un modèle de développement de leur choix et par transformation de leurs propres matières premières.

Or, le dernier rapport de l’OCDE sur l’évolution du commerce mondiale montre que les exportations africaines ont fait un bond de 42% entre octobre 2020 et octobre 2021 alors que les exportations américaines et les exportations chinoises se limitaient à + 17% et celles de l’Europe à +11 %. Cette super performance Africaine est portée par l’exportation des matières premières sans transformation sur place. Cela ne peut plus durer ! L’Afrique peut et doit créer de la valeur-ajoutée et créer des emplois par un développement industriel accéléré. Pour le succès de cette industrialisation, les conditions financières (prêts, crédits, réduction des risques) sont essentielles mais insuffisantes. En effet, parce que les facteurs de productions sont rares, il faut créer des Zones Economiques Spéciales à l’intérieur desquelles les chefs d’entreprises trouvent les facteurs de production et un environnement adéquat pour y développer leurs activités, tout en respectant les normes environnementales, sociales et en promouvant une bonne gouvernance à travers un partenariat Public-Privé. Grâce à cette approche originale basée sur les synergies économiques par rapport à d’autres plutôt basées sur l’exemption fiscale, nous pourrions tous, Africains et Européens, bénéficier de cette co-production industrielle et de ce co-développement. 

Les élites et décideurs africains prennent conscience des avantages liés à l’élaboration d’un modèle africain de Zones Economiques Spéciales, tourné vers le marché intérieur, inclusif du tissu industriel local, respectueux des normes environnementales, sociales, et doté d’une gouvernance efficace et transparente. La réalisation de la ZLECAf donne aux ZES une dimension encore plus importante car elles facilitent la création supply chains interafricaines. 

Ce webinaire sur les ZES me semble être un exemple positif et encourageant de ce que l’Union Européenne et l’Union Africaine devraient impulser, c’est-à-dire une politique de co-production industrielle commune entre l’Europe et l’Afrique. 

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